L’avortement au Cameroun.

Le début de l’affaire :
Neussa me voici en bon citoyen, dans mes dangwa au Kmer dans une campagne de santé, Je rencontre un confrère qui me raconte une histoire ahurissante : 2 jeunes nga de Ngoa, dans la vingtaine, l’ont trouvé dans son bureau et lui ont ask de mouf leur bèlè ! Il leur a récité la loi, il a fait comme on nous apprend à l’école : il leur a fait le « counseling », et les a orientées vers les associations qui s’occupent des femmes enceintes en difficultés financières. Je bolè moi mon petit rituel de campagne de santé semestriel qui me permet d’avoir ma bonne conscience, et en bon mbenguiste, je plie moi mon kwa et je back pour mon mpambé à Mbeng ! J’ai l’habitude de rester en contact avec les docta sur place pour le suivi des patientes que j’ai vu…. En 2 semaines, ils ont eu 2 décès aux urgences, les 2 petites de Ngoa là ! maaaaassa ! Une est revenue en choc sceptique (infection généralisée), l’autre en choc hypovolémique (manque de sang) sur hémorragie massive.
Flash-Back :
Je suis né et j’ai grandi dans un quartier populaire de la merveilleuse « Ville Cruelle » d’Ezaboto : Mbalmayo. Je me rappelle au moins une dizaine de jeunes adolescentes de mon âge que nous avons accompagnées au cimetière du quartier dans le début des années ‘90 ; toutes décédées dans des conditions un peu mystérieuses. On n’en parlait pas beaucoup au quartier à l’époque, mais ma curiosité m’a permis de comprendre très tôt qu’elles étaient décédées de suites d’avortements clandestins. Dans un contexte où l’éducation sexuelle était inexistante, on ne savait même pas ce qu’était la contraception. On vivait tous comme ça, des « va et vient » dans des maisons, chez les voisins, au marché, au champs, etc… Imaginez cette rencontre explosive entre Estrogènes (hormones féminines) et Testostérone (hormone masculine). Beaucoup de filles de notre génération y ont échappé par miracle ! ☹️
État des lieux :
Au Cameroun, environ 5000 femmes meurent chaque année de suite d’une grossesse, d’un accouchement, et des suites de couches ; c’est-à-dire entre 12 et 15 femmes chaque jour ! Environ 25% de ces décès sont liés à l’avortement. Donc au Cameroun 3 à 4 femmes meurent chaque jour suite à un avortement (clandestin !). Bon, ok.
Que dit la loi ?
Clandestin parce que le code pénal Kmer dit en son article 337, je cite : « (1) Est punie d’un emprisonnement de quinze jours à un an et d’une amende de 5.000 à 200.000 francs ou de l’une de ces deux peines seulement la femme qui se procure l’avortement à elle-même ou qui y consent. (2) Est puni d’un emprisonnement d’un à cinq ans et d’une amende de 100.000 à 2.000.000 de francs celui qui, même avec son consentement, procure l’avortement à une femme. (3) Les peines de l’alinéa 2 sont doublées : A l’encontre de toute personne qui se livre habituellement à des avortements ; A l’encontre d’une personne qui exerce une profession médicale ou en relation avec cette profession. »
L’exception à cette règle est dictée par l’article 339, je cite : « (1) Les dispositions des articles 337 ci-dessus ne sont pas applicables si les faits sont accomplis par une personne habilitée et justifies par la nécessite de sauver la mère d’un péril grave pour sa santé. (2) En cas de grossesse résultant d’un viol, l’avortement médicalisé ne constitue pas une infraction s’il est effectué après attestation du Ministère public sur la matérialité des faits. »
Le code déontologique kmer en son article 29 alinéa 1 énonce je cite : « toute pratique ou manœuvre d’avortement sont interdites » ; dans ses alinéas 2, 3, 4 et 5, il donne les exceptions à cette règle, qui rejoignent celle du code pénal.
Suite de l’affaire :
Voilà comment la vie d’un bac + 7 se chamboule, et ducoutement celle du mbenguiste tranquille commence à se perturber. Je me mets à la place de mon confrère, je fais des cauchemars, je me culpabilise, je pleure, je me demande si j’aurais dû violer la loi, je prie même…. Eh oui, prier ! Mais tout ça ne change rien à la situation ! Alors je me mets à écrire ce texte.
Au Kmer, on sait comment cette affaire d’avortement fonctionne ! Vous vous rappelez l’histoire de la gendarmerie de Melen qui a traqué un réseau d’avorteurs en juillet dernier ? Les gars avaient fait 300 avortements en 5 ans, avec plus de 20 décès😟. Il s’agissait essentiellement des étudiants en professions médicales, ou même juste des gens du quartier qui se « débrouillent » en avortement. Les gars prenaient entre 20 et 40 kolo pour un avortement ! (Un prix que je trouve correct, entre autres ! seulement que le cadre n’était pas adéquat !)
Considérant que :
 Même l’Italie, siège du Vatican, a dépénalisé l’avortement ! (Donc ne venez pas me citer la bible icila !)
 Je n’ai jamais vu une nga qui a avorté en être fier ! c’est un accident de parcours, et quand une nga veut avorter, fait quoi fait quoi elle va mouf le bèlè là.
 Dans un contexte Kmer où on a un si haut taux de décès de suite d’avortement, et surtout une carence d’éducation à la sexualité avec un très faible taux d’utilisation de contraceptions.
 Les gens qui ont voté cette loi (parlementaires) sont en majorité des mecs (Âllooo les féministes, je vous tends une perche là !)
 Quand un mec veut NYASS, même si la nga veut barrer le gars va lui négocier jusqu’à finir par tremper son plantain dans le way, même par force ou par douceur.
 Quand la nga est dans ce parcours du combattant, son engrosseur est lui dans ses enjoys quelque part en train de jong lui ses alcools.
 Comme la loi permet en cas de viol de faire un avortement, elle doit passer par tout un protocole encore plus stressant parfois que le viol lui-même.
 Donc le bèlè là nor, elle n’a pas bu ça dans une tasse de thé, encore moins l’effet du Saint Esprit !
 Et considérant encore d’autres éléments que je tais icila….
Alors je m’interroge !
Je dis que hein, on nous a fait ça au village ? Donc on va continuer à voir mourir nos filles, nos sœurs, nos mères et rester là konsala regarder ! en disant même parfois qu’elle a cherché elle trouvé ? Moi je dis que non ! je vais parler pour moi :
 Il y’a mon boss là sur Tweeter, notre ministre de tutelle ; si vous le voyez, dites-lui que ses gars risquent l’épuisement mental à cause de cette loi ; s’il ne fait rien, on va tous se mettre sous certificat pour burnout, ou alors, on va se retrouver en prison pour avortement.
 L’autre qui garde les « Seaux » là dites-lui qu’en plus des sceaux, il est aussi ministre de la justice. Et que quand la loi semble injuste, on deviendra tous hors la loi .
 Si vous voyez les autres qui discutent les voitures 4×4 au palais des verres de Ngoa-Ekélé là nor, dites-leur qu’ils sont tous complices de la mort de ces jeunes filles, et de la souffrance psychique de tout le personnel de santé, et que s’ils ne font rien ça va les rattraper.
 Si vous voyez le père de la déontologie, dites-lui que « yahaaaa » !!!! Comment on peut continuer à réciter des choses pour nous tromper nous-mêmes ? Yeuch ! Hein « pah Sandjon » ? fais quelque chose, toi qui est le plus grand expert du way là, on se comprend ! Toi et tes gars du conseil là nor, on compte sur vous ! vous êtes notre dernier espoir, onong ! Entre nous diong ! relis toi-même l’affaire ci :
« Art. 29. — (1) Toutes pratiques ou manœuvres d’avortement sont interdites. (2) Cependant, il peut être procédé à un avortement thérapeutique si cette intervention est le seul moyen susceptible de sauvegarder la vie de la mère. Dans ce cas, le médecin doit obligatoirement prendre l’avis de deux confrères choisis respectivement parmi les experts judiciaires et les membres du Conseil de l’Ordre. Ceux-ci doivent attester par écrit que la vie de la mère ne peut être sauvegardée qu’au moyen d’une telle intervention. Le protocole de la consultation est établi en trois exemplaires dont l’un est remis au malade, et les deux autres conservés par les médecins consultants. En outre, un protocole de la décision prise n’indiquant pas le nom du malade, doit être adressé sous pli recommandé au Président du Conseil de l’Ordre. (3) Dans les localités où il n’existe qu’un seul médecin, et où l’avis de deux confrères ne peut être facilement obtenu, la décision de provoquer un avortement thérapeutique est laissée à l’appréciation du médecin traitant, à charge pour lui de transmettre immédiatement. Un rapport circonstancié au Ministre de la Santé Publique et au Président du Conseil de l’Ordre (4) Le médecin doit s’incliner devant le refus éventuel du malade dument informé. Cette règle ne peut souffrir d’exception que dans les cas d’extrême urgence, lorsque le malade est hors d’état de donner son consentement. (5) Si le médecin ne peut, en raison de ses convictions pratiquer l’avortement, il peut se retirer en assurant la continuité des soins par un confrère qualifié. ».
Maaaaasssa ! Dans le Cameroun que toi et moi on connait là « pah Sandjon » ? Bon si toi-même tu as compris, pardon viens m’expliquer ! « …. Un rapport circonstancié au Ministre de la Santé Publique et au Président du Conseil de l’Ordre…) depuis là tu as reçu combien de rapport répé ? Donc le ministre de la santé en plus de compter les cas Covid sur tweeter doit aussi compter les cas d’avortement ? Maaaaasssa !! Et il va alors appeler les Koréens quand pour nous donner la CSU ? yeuch
La prochaine fois je pourrais faire l’avortement, comme ça j’irais moi-même me porter plainte, et j’irais en prison (même là-bas il y’a plein de nga qui veulent mouf le bèlè). Au moins je ne souffrirais plus. Et le Kmer aura perdu un bon doc gynéco, et peut être on changera cette loi directement à partir d’Etoudi.
Bon j’ai dit pour moi avant d’être petit.

NB : Considérez ce texte satyrique comme un cri de douleur et détresse, un appel de tous les acteurs une réflexion profonde sur l’article 337 du code pénal camerounais, et l’article 26 du code de déontologie médicale au Cameroun. Dans le respect des institutions, et des autorités administratives.
Dr. Gameto, un mbom qui dit tout haut ce que les autres pensent tout bas

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