Pourquoi un confinement généralisé n’est pas une réponse appropriée des nations Africaines à l’épidémie de Covid-19

Depuis l’apparition de ce nouveau virus pathogène (SARS-Cov2) à Wuhan/Hubei/Chine à la fin de l’année 2019, il n’a cessé de s’étendre à la surface de la planète comme une traînés de poudre, semant sur son passage peur, souffrance, mort et désolation. Tous les continents sont à présent touchés, et le nombre total de cas confirmés (473,000 ce jour), bien que sous-estimant le nombre total de personnes contaminées, est maintenant en augmentation exponentielle.

De manière graduelle, les autorités Chinoises sont parvenues à un confinement strict et généralisé, permettant un contrôle progressif du nombre de contaminations et de décès. Cette réponse finale, à juste titre saluée, fut d’emblée instaurée dans certains des pays voisins, en Europe et dans les Amériques lorsque vint leur tour d’être touchés par l’épidémie. L’arrivée du virus sur le continent Africain est l’occasion de pour les leaders Africains de considérer la décision de répliquer en partie ou en totalité cette série de mesures (fermeture des frontières extérieures, isolement des individus et foyers d’infection, et enfin confinement généralisé). D’ailleurs, l’une des conséquences de la politique mise en place au Cameroun et inspirée de l’expérience Chinoise est que je rédige cette tribune depuis Yaoundé où je me trouve dans l’impossibilité de retourner à mes occupations habituelles, et dispose donc de suffisamment de temps pour observer le développement de cette épidémie . Les éléments parvenus à ma connaissance me font croire et dire que les pays Africains en général, le Cameroun en particulier n’ont pas intérêt à appliquer précocement la mesure de confinement généralisé pour combattre l’épidémie, en raison des arguments suivants:

1. Il n’est pas démontré que le pattern de dissémination de l’épidémie en Afrique sera le même que sur les autres continents.

En général, lorsque la science ne peut répondre à une question, la prudence implique de considérer le pire des cas. Il donc de bon ton de penser que l’Afrique subira le même sort que le reste de la planète… A y regarder de près cependant, ce postulat est discutable. Les premiers cas de Covid-19 détectés sur les sols Africain et Européen datent respectivement du 14 février, et du 24 janvier, soit trois semaines de différence. On pourrait postuler que l’Afrique est différente de l’Europe si dans trois semaines on n’a pas atteint en Afrique les nombres de cas et de décès actuels en Europe. On pourrait aussi atteindre le même postulat en observant qu’il y a 3 semaines, soit le 5 mars, l’Europe totalisait déjà près de 6,000 cas et 160 décès (https://interaktiv.morgenpost.de/corona-virus-karte-infektionen-deutschland-weltweit/). Il y a trois semaines, l’Europe totalisait donc déjà prés du triple du nombre de cas confirmés et de décès actuellement comptabilisés en Afrique, un continent largement plus peuplé. Bien évidemment les tailles et la qualité des voies de propagation respectives des deux continents incitent à une analyse prudente de ces observations préliminaires.

La résistance potentielle à la dissémination de l’épidémie en Afrique est néanmoins aussi supportée par d’autres postulats épidémiologiques et scientifiques: i) les cas actuels en Afrique subsaharienne restent largement importés, indiquant une transmission inter-humaine moins explosive là qu’ailleurs. ii) l’épidémie précédente du SARS, causée par un virus de la même famille que le Covid-19 avait connu les mêmes difficultés à s’installer en Afrique. Plusieurs théories en cours de vérification tendraient à expliquer cette résistance par des facteurs immunitaires (génétiques ou acquis). Bémol: les Africains vivant en Asie, en Europe et dans les Amériques ne sembleraient pas d’avantage que les autres types ethniques protégés de l’infection. D’autres théories citent l’environnement (température, qualité de l’air…), mais bien au-delà de toutes ces théories, le plus important est l’âge moyen des Africains, largement inférieur à celui des autres zones touchées. Cet âge, s’il n’était démontré aucune prédisposition à la résistance au virus, conférerait au moins en Afrique une résistance à la sévérité de l’infection.

2. A quoi sert un confinement généralisé?

Il est admis que le confinement généralisé n’a pas pour but de préserver la population d’une contamination (60 à 80% de la population mondiale sera contaminée au bout du compte), mais de limiter l’explosion de la contamination de manière à pouvoir ajuster le nombre de malades à la dimension des structures sanitaires. Il est à noter que le confinement généralisé est précédé d’une phase de préparation pendant laquelle la capacité des structures sanitaires est « gonflée » à son maximum (les Chinois ont construit un hôpital en quelques jours, les pays Européens ont commandé des moyens diagnostic (kits, scanners…), des respirateurs, des réserves en oxygène et libéré des lits dans les hôpitaux…

Dans le cas de l’Afrique, cette phase de préparation n’a certainement pas augmenté de manière significative la capacité de systèmes sanitaires pour la plupart vétustes à absorber un afflux de malades. Tenez, au Cameroun où je me trouve, au pic de l’épidémie, le pays disposera de moins de 50 respirateurs pour une population estimée à 25 millions d’habitants, contre 25000 respirateurs en Allemagne. On peut dès lors considérer que la bataille de la prise en charge des cas graves est d’ores et déjà perdue en Afrique, et qu’il n’y a aucune raison de vouloir limiter l’éventuel pic de l’épidémie à la dimension du système de soins.

3. Quelles sont les conséquences d’un confinement généralisé?

Un confinement généralisé a des conséquences économiques désastreuses (et c’est un homme résolument de gauche qui le dit) que le monde apprendra à connaitre dans quelques mois au sortir de la crise actuelle. Quelques uns d’entre nous qui sont indépendants ont déjà commencé à entrevoir les difficultés économiques à venir. Les nations Asiatiques, Européennes, et Américaines émergentes, voire économiquement avancées pourront toujours déployer des efforts similaires à ceux consentis lors de la crise économique de 2008 (principalement austérité budgétaire et intervention des banques centrales) pour se sortir une nouvelle fois de la crise à venir. En revanche, les nations Africaines pauvres et soumises à une gouvernance erratique n’ont pas la puissance économique nécessaire pour résister. Certaines ne possèdent même pas la souveraineté monétaire nécessaire pour impulser une politique de relance, c’est notamment le cas en zone CFA. Un confinement généralisé entraînerait donc bien d’avantage de dépendance des états Africains aux puissances étrangères, et d’avantage de victimes et de troubles socio-politiques sur le long terme que l’épidémie actuelle. Cette épidémie pour mémoire a fait au jour de cette publication, environ 21000 victimes dans le monde, soit bien moins que le nombre de victimes annuelles de la grippe ou de la malaria, et que dire des épidémies monstres de grippe espagnole ou de peste des siècles derniers!

Concrètement, un nombre considérable d’Africains vivent sous le seuil de pauvreté et ont besoin pour survivre de pouvoir sortir jour après jour pour gagner de quoi vivre. Un confinement généralisé signerait la faim et la fin pour beaucoup.

4. Que faire en Afrique en général et au Cameroun en particulier?

– Poursuivre les mesures actuelles (fermeture des frontières, hygiène, distanciation sociale, protections, isolation des cas positifs en hôpitaux, domiciles ou autres…), excepté celles limitant les mouvements des personnes et des biens à l’intérieur du pays, qui doivent être abrogées.

– Augmenter la capacité de détection des cas et leur étendue sur le territoire national afin de parvenir à un dépistage massif des cas suspects afin d’ajuster la stratégie en fonction de l’évolution du nombre de cas/décès.

– Organiser le confinement strict et la protection des personnes à risque d’infection sévère (personnes de plus de 65 ans, malades chroniques, immunodéprimés…), jusqu’à la production d’essais thérapeutiques et vaccinaux concluants, pourquoi pas issus de la recherche menée en Afrique? C’est le lieu de demander aux scientifiques et autorités publiques de mettre en place des registres et des banques de tissus biologiques qui seront essentielles dans la lutte contre ce virus.

– Organiser au travers de canaux habituels et modernes (numéros verts, communiqués…), une information claire sur la situation et la stratégie de lutte afin d’éviter toute panique et tout débat stérile. Éduquer la population et des médecins à la détection et le report des symptômes de la maladie et ses risques de gravité.

– Transformer nos faiblesses en opportunités. Ceci implique la mise à disposition gratuite de tous les cas dépistés jeunes (<65 ans) et faiblement symptomatiques d’un traitement précoce par un dérivé de la Chloroquine (il ne s’agit ici que de l’application d’un traitement déjà en cours pour les patients hospitalisés); les risques d’effets secondaires et de résistance aux traitements anti-malaria étant compensés par la réduction potentielle du nombre de cas Covid-19 évoluant vers l’infection sévère. Il est ici peut-être le lieu de s’interroger sur la faiblesse des états et des industries chimiques et pharmaceutiques Africaines qui ne peuvent à ce jour fournir en suffisance à leur population un ou plusieurs des médicaments prometteurs dans le traitement de l’infection, certainement celui de demander que soient prises toutes les mesures correctrices en urgence.

– Permettre la poursuite des activités individuelles quotidiennes.

– Doper les activités économiques et industrielles par un plan d’urgence. C’est le lieu de fournir des emplois potentiellement durables aux Camerounais dans la manufacture pour le marché intérieur et l’exportation de tous les nécessaires pour lutter contre l’épidémie (médicaments, gels hydro-alcooliques, protections….), mais également tous les autres produits de la transformation des matières premières dont la production se trouve arrêtée actuellement (et pour quelque temps) dans les zones en confinement total.

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